Jean PAULHAN (1884-1968).

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Jean PAULHAN (1884-1968).

635 L.A.S. environ avec de nombreux dessins ou croquis, 1951-1964, à Yolande FIÈVRE; plus de 1400 pages formats divers, la plupart avec leur enveloppe (ou adresses sur cartes postales; mouillures sur 25 lettres).
Importante correspondance inédite à Yolande Fièvre, peintre et sculpteur (1907-1982), amie intime de Paulhan, illustrée de nombreux dessins.
Ces lettres témoignent de la confiance que Paulhan avait dans le jugement de l'artiste, du plaisir qu'avait le critique à partager avec elle ses appréciations esthétiques et réflexions philosophiques, mais aussi d'un certain agacement face aux ardeurs sentimentales de l'artiste, que Paulhan tâche de décourager, mais en fait encourage, en revenant vers elle rapidement. Selon une note de Fièvre, sur la lettre de Paulhan du 2 novembre 1953: «La première fois que j'ai rencontré Jean Paulhan c'était le 9 novembre 1951 jour de la St Mathurin (mais je connaissais tout son oeuvre et l'admirai depuis toujours»... Et selon une autre note, sur la lettre de Paulhan du lendemain: «L'année pour moi commence le 9 novembre jour de "ma naissance" à Lui, mon 1er jour!»...
La correspondance atteint son apogée en 1953-1954 (respectivement 70 et 78 lettres). Les autres années jusqu'en 1957 comptent une soixantaine de lettres par an, puis le rythme ralentit progressivement vers une vingtaine dans les dernières années. Yolande Fièvre a minutieusement archivé cette correspondance, numérotant les lettres, et souvent les commentant sur les enveloppes, par des notes qui témoignent de réactions de peine, de colère ou d'exaspération; ainsi [10.VII.1952]:«Cette lettre qui m'a fait tant de mal. Pétri­fiée», ou [21.IV.1956] lorsque Fièvre constate que Paulhan n'est pas seul à l'hôtel où il dit travailler: «Je suis heureuse que Jean me cache la vérité cette vérité qui n'est pas la mienne»...
Il est souvent question ici de l'oeuvre de Paulhan, de son travail d'éditeur (lecture de manuscrits, la NRF, Gaston Gallimard, prix littéraires, auteurs...), de sa santé et des divers traitements qu'il suit, de ses voyages (les lettres sont écrites de Paris, Chatenay-Malabry, Gilly-sur-Isère, Brinville, Lausanne, Grasse, Cabris, Port-Cros, Montoire-sur-le-Loir, Stresa, Capri, Chaudes-Aigues, Hong Kong, etc. Des recommandations de spectacles, expositions et livres émaillent la correspondance, où on lit aussi des réponses aux «questionnaires» de Fièvre (vie quotidienne, projets, vacances), de fréquentes plaisanteries sur le singe de Yolande, Landy, et quelques confidences sur la mauvaise santé de sa femme Germaine et les ennuis financiers qui en découlent. Paulhan s'enquiert aussi du travail de Fièvre; il est plein d'enthousiasme pour ses oniroscopes. Mais le principal intérêt de cet ensemble réside dans les jugements artistiques et réflexions philosophiques que Paulhan livre à son amie, la mention de multiples projets, et la réitération de ses difficultés à achever ses écrits. Nous ne pouvons donner de cette abondante et très riche correspondance très riche qu'un rapide aperçu, en ne signalant que quelques dessins.
1951. [12.XII]: «Il faudra songer à une autre galerie. Peut-être que la NRF se décidera à en avoir une. [...] (Avez-vous posé la question-galerie à Breton?)»... 1952. Il parle des dessins du Pont traversé, du «petit livre» sur la peinture moderne qu'il achève, et de son espoir d'acheter les rares Rêves et l'art de les diriger d'Hervey de Saint-Denys, précurseur de Freud... L'exemplaire lui échappe, il soupçonne Lacan et Delay; Mandiargues lui prêtera le sien, mais il se décide à offrir au psychiatre acquéreur d'échanger le livre contre deux manus­crits... [24 juin]. «BRAQUE & PICASSO vers 1912 ont jeté à tout le monde de petites guitares (que tout le monde a ramassées.) Très exactement, le papier-collé a été une machine à voir, comme avait été, vers 1430 le petit appareil à perspective de Brunelleschi. Ici se pose la question du cubisme»... Il reviendra là-dessus le lendemain, dans une longue lettre illustrée de 3 dessins à l'encre de Chine, le dernier avec rehauts d'encre bleue: «Vous êtes-vous demandé pourquoi l'on avait parlé, à propos de certains peintres, de "cubisme"? Il me semble qu'il y avait à ce nom, trois raisons, dont l'une est évidente et les deux autres secrètes (mais naturellement beaucoup plus importantes). La raison évidente, c'est que les maisons de Braque ou de Picasso étaient tellement simplifiées qu'on aurait dit des cubes d'enfant, posés dans la nature [illustration] - une seconde raison: c'est que les cubistes usaient d'une perspective mouvante, ou tournoyante: ils voyaient les objets de tous les côtés à la fois. Qu'est-ce que le cube? (Ouvrez n'importe quel dictionnaire). C'est un petit objet, qu'il nous semble - par un ingénieux système de pointillés - voir de tous les côtés à la fois: [dessin]. Mais la troisième raison est la plus curieuse. Accordez-moi, en gros, que le cubisme est caractérisé par la substitution à l'ancienne perspective (par lignes de fuite et points d'horizon) d'un espace brut, sans raisons, avant toutes raisons. Si vous aimez mieux, à l'espace géométrique, de cet espace trouble, émouvant, qui nous sépare d'un homme ou d'une femme, où l'on bâtit la grange ou l'église (en observant avec soin les points cardinaux) où nous sentons avancer en nous, reculer, se mouvoir, les maux de notre corps. Bien. Les cubistes ne renonçaient pas pour autant à l'ancien espace: simplement ils en faisaient une des parts de leurs papiers-collés: sous forme de papiers de tapis­serie (faux-bois et le reste) ou même de firme, d'image populaire: [dessin]. Bien. Remarquez là-dessus que l'ancienne perspective consistait essentiellement - par son point d'horizon et ses lignes de fuite - à enfermer dans un cube le paysage ou l'objet que l'on considérait. Mais dans le papier-collé c'est ce cube lui-même que l'on considérait - puisqu'on le réduisait à n'être plus que l'une des parties du tableau, non la principale (puisqu'il était soumis, humilié devant l'espace brut qui l'entourait) mais la plus consciente: mise en lumière, reconnu pour ce qu'il était. Enfin le nom de cubisme se voyait assez bien pour ces trois raisons (comme disent les psychanalystes) surdéterminé»... Et de poursuivre encore sa réflexion, le lendemain [26.VI], sur la révolution de la peinture, le caractère concentré de la peinture moderne, le peintre moderne livré à ses seules idées. Il est aussi question du sort de son portrait «en zouave, grandeur nature», par Henry de GROUX... 10 juillet. «Vous êtes nette et brillante comme une jeune anguille. [...] vous avez une grande beauté, qui va sans détails. Comment se fait-il que je n'aie pour vous pas la moindre tendresse? C'est sans doute que je suis loin de valoir l'image que vous vous êtes faite de moi [...] Je suis bête et lent, je me noie dans de petites gouttes d'eau. C'est peut-être un peu par jalousie de vos étranges mérites, c'est aussi sans doute pour avoir le coeur ailleurs déjà pris (depuis bien du temps) que je me sens si loin de vous»... (Fièvre note: «mon désespoir est moins fort que mon amour»)... [19.VII] «J'ai brusquement écrit, en cinq jours un récit sur "la conscience dans les rêves" et ce qui s'en suit. J'y songeais bien depuis vingt ans. (Il s'agit des rêves où l'on tente de maintenir la conscience de rêver, qui vous vient si facilement - mais qui, en se prolongeant, embrouille bien des choses)»... [18.VIII]. «CHAISSAC vit, mais tristement. Je ne connais pas d'homme plus sombre. Sinon CÉLINE peut-être. Voulez-vous que je vous envoie Féerie? C'est bouleversant, c'est unique»... Début octobre, Paulhan ayant signalé avec précision sa place dans un train, Yolande loue la place en face, mais quelques jours plus tard c'est Dominique AURY qui le retrouve en Savoie... 1953. Paulhan parle de la nouvelle Nouvelle Revue Française dont le n° 1 parut le 1er janvier: rivalité des Lettres nou­velles, découragement, probabilité que la NRF le fâche avec du monde (en particulier avec le frère de Drieu la Rochelle)... [9.III]. «Croyez-vous que j'étais fait pour ce métier? J'avance mais péniblement. Il y a des moments où je me sens (physique­ment) penser. C'est une impression très pénible»... [17.III]. Il a corrigé son premier article; il faudrait arriver à décrire les tableaux cubistes à la fois du dehors et du dedans. «J'ai trouvé l'exposition passionnante malgré la presque absence de DU­CHAMP, et le nombre (vraiment injuste) de toiles de LHOTE. Ah, et LA FRESNAYE m'a déçu. Est-ce vraiment un peintre de confiance? Je commence à avoir de grands doutes là-dessus. METZINGER est stupide mais GLEIZES, enfin Gleizes... La question se pose tout au moins»... [4.IV]. Il expose longue­ment des interrogations et réflexions sur la peinture (illus­tration du monde, défense du monde), la réalité et le rêve, la condition humaine sur laquelle la peinture nous renseigne, le sacré et le sentiment de libération... «Il faut un élan pour tour­ner autour de la caisse de Braque, ou de la femme de Picasso: oui, mais il en faut aussi un pour croire à l'existence des caisses et des femmes. (Où la peinture nous apprend qu'elle est notre condition d'hommes. - Notre condition, en ce qu'elle a de plus caché.)»... [13.IV]. Première mention d'Histoire d'O, dont il écrit la préface: livre érotique «d'une insoutenable pureté: rien que de l'acide», de la qualité de Justine ou des Liaisons: «la fureur, la rage de tout le récit font que je me demande s'il ne s'agit pas plutôt d'une lettre d'amour - de la plus belle lettre d'amour qu'ait jamais reçue un homme (quel homme?) d'un refus de tout ce qu'on appelle sottement, de notre temps, l'éga­lité dans l'amour, l'amour libre (comme si l'amour n'était pas tout le contraire de la liberté)»... [22.VI]. Difficultés pour préfacer L'Enfant de Jules VALLÈS, «livre admirable. Je l'aime tant que je n'ai rien envie d'en dire»... [26.VI]. Ayant achevé sa préface à l'Histoire d'O, il va se remettre à ses Fleurs de Tarbes: «Tout heureux»... [3.VII]. «Tous les vieux philosophes ont tâché de bien démontrer qu'il ne fallait pas se fier à la nature telle qu'on la voit, qu'il fallait s'y arracher, qu'il n'y avait de vrai que les atomes (il faudrait commencer à les appeler des tomes puisqu'on les décompose à présent) ou l'unité, ou Dieu. Mais à présent, c'est tout le contraire. Avec Husserl, Heidegger, Kierkegaard, Sartre et tous les autres il s'agit seulement d'épouser les choses telles qu'on les voit, d'y croire le plus obstinément possible. Voilà une clef pour ouvrir toutes les philosophies modernes»... [17.IX]. André BRETON lui a apporté La Clé des champs: «C'est bien beau [...] Avec un curieux mélange de laborieux et d'engoncé, mais brusquement d'inspiré de vraiment génial»... 1954. [1er janvier]. «Il serait tout à fait injuste de me plaindre de la difficulté que je trouve à finir mon livre, puisque... ce que je trouve en fait, c'est une certaine défense du non-sens. Au fond ce qui domine la peinture depuis le cubisme c'est inachevé, l'inaccompli, l'ébauche - le non-sens»... [25.I]. Il s'inquiète de BRAQUE, «si vieilli tout d'un coup, affreusement maigre, sans entrain»... [24.IV]. S'il était borgne, elle se mettrait à sa portée: «Eh bien l'amitié à côté de l'amour, c'est évidemment moins vaste, moins noble, moins grand. Mais ce n'est pas délicat de me le faire sentir, au contraire. Il faut vous mettre à ma portée. [...] Quand nous nous voyons, il ne vous faut strictement rien faire qui ne relève de l'amitié»... [23 mai]. Lettre illustrée d'un dessin à son «petit Yol», évoquant une fête bretonne. «Il y a beaucoup à dire contre les philosophes. Je suis furieux que BERGSON, entre autres, esquive la question "si le monde existe vraiment, si ce n'est pas des idées que nous nous faisons". C'est une question pathologique, dit-il, personne de sensé ne se la pose. Moi, je crois plutôt que c'est la première question que se pose chaque homme sensé - qu'il n'arrête pas de se poser [...] il n'y a pas de réponse fixe. Parce que la question est chaque fois à recommencer»... [16.VII]. Envie d'essayer de la mescaline (peyotl); page de dessins («les yeux-plantes», «les oiseaux d'eau», etc.). [27.VII]. Curieux diagnostic du Dr Destouches (CÉLINE) sur Lili Dubuffet... [7.VIII]. Interrogations sur le dessin et les conventions de reconnaissance du sujet, illustrées de 5 dessins à l'encre de Chine... [15.VIII]. Mort de CINGRIA: «Pourquoi l'aimait-on si peu, le connaissait-on si mal, quand cette garce de Colette..? Pourtant il racontait merveilleusement les choses les plus simples»... [5.IX]. Autoportrait à l'encre de Chine en «Jean le Hibou»... [25.X]. Nouvel autoportrait en hibou. Ce qu'il achève est très important: «après on ne pourra plus jamais parler de la pensée (enfin, des réflexions, des idées), comme on en parlait jusqu'à présent»... [4.XI]. Lettre abandonnée (Paulhan «malade»), avec dessin d'une tour Eiffel dans un coeur... 15.XII. Il souhaite rester quelque temps sans se voir, ni s'écrire, ni se téléphoner: «songez combien il peut être pénible - combien il est en tout cas humiliant - de mal répondre aux sentiments d'un ami, d'une amie. Moi, cela m'est devenu, à la longue, tout à fait accablant»...
1955. [15.IV]. Dessin d'un petit hibou en vi­gnette. Il s'inquiète de la décision de Gaston GALLIMARD de pilonner «tous les livres de Blanchot, Devaulx, Léon Bopp, Follain - enfin de tous ceux que je lui ai fait prendre. C'est toute la NRF, j'en ai peur, qui va chan­ger de caractère»... [24.IV]. Interrogations sur les papiers-collés... [16.V]. Ce qu'il croit com­prendre du «point de distance» dans un tableau classique... [30.VI]. Poursuivi pour sa préface à l'Histoire d'O, il pourrait connaître la prison comme complice... [5.VIII]. À la «Brigade mondaine», les inspecteurs ont été vaguement menaçants: «si Pauline Réage ne se déclare pas, je risquerais, disent-ils, la prison pour "com­plicité d'outrage aux bonnes moeurs"»... [12.VIII]. Interrogations pour son livre: «le grand principe de la peinture moderne, c'est de subs­tituer le papier-collé au dessin et par là l'espace brut, l'espace instantané à l'espace réfléchi et combiné dont usaient jusque-là les peintres. Mais pourquoi cette substitution? [...] nous aussi (comme la P.M.) nous substituons à nos pensées réfléchies un événement instantané, à nos sentiments ingénieux et combinés un sen­timent brut. D'où il peut bien sembler que les peintres à partir d'un certain moment - et suivant toute apparence, nous tous avec eux - ont douté du monde (de ce même monde que les vieux peintres se contentaient d'illustrer - d'enjoliver) et ont fait leur peinture pour se convaincre, et nous convaincre avec eux, que le monde existe bien. (Bref, comme si l'inquié­tude & le doute qui ont été ceux de Berkeley, de Schopenhauer, de Nietzsche ou de Rimbaud, étaient passés dans la foule, étaient devenus communs.)»... Il poursuit sa réflexion avec dessin d'une tête sur laquelle se pose un oiseau. [26.VIII]. Manuscrits autographes de 3 chapitres (V, VII, VIII, dont un brouillon) sur sa vocation et ses débuts d'écrivain... 18 octobre. 12 pages de réflexions sur la peinture moderne: «Quand Braque ou Picasso mêlent à leur toile des éclats de verre ou des galons de tapisserie, quand Duchamp, Ernst, Picabia signent une tache d'encre, collent l'une sur l'autre de vieilles vignettes, ou bien appellent "Pharmacie" un délicieux bord de rivière, je vois bien qu'il s'agit pour eux de me faire admettre qu'il s'est passé, dans leur tableau, un événement parfaitement absurde & imprévisible dont il ne me reste que la ressource d'admettre qu'il est vrai»... [2.XII]. Pour la guérir, il envoie «une image bénéfique, qui chasse les mauvais esprits»: dessin d'un hibou.
1956. Il l'entretient du lent avancement de La Peinture sacrée et de La Rhétorique décryptée, ainsi que de «petites choses», un «libelle» et des préfaces. [9.III]. «Avez-vous vu BALTHUS et de STAËL? Balthus, il me semble, est comme Chirico: l'inspiration perdue, il la recherche dans ses tableaux de 1928, qu'il refait. C'est Cingria qui m'avait un jour mené chez lui»... [20.III]. «Cette exposition de Balthus me préoccupe: que veulent dire tous ces glacis à la Guardi, ces craquelages, cette sorte d'opalescence pour des sujets aussi obstinément obsédés (petites filles)»... [23.VI]. Réflexions soulevées par sa Peinture sacrée: «Eh bien i
est sûr que la seule façon d'échapper à l'inquiétude la plus angoissante qu'éprouvent les hommes (je veux dire de savoir s'ils sont véritablement au monde) c'est de se réfugier dans des événements si élémentaires - voire si baroques - que nous ne puissions pas les avoir inventés [...] Que de tels éléments qui nous garantissent la vérité du monde nous soient d'une part sacrés, qu'ils constituent en quelque sorte un Divin d'avant les Dieux - et, d'autre part que ce soit eux qui cherchent à déceler, auxquels s'en prend la peinture moderne - pas de doute là-dessus», etc. [14.VII]. Les violences, fureurs et «soudaines effusions» de Yolande lui sont odieuses. «Il se peut qu'une certaine amitié se reforme entre nous. N'y comptons pas pour le moment»... (Notes de Yolande: «mensonges» et «Je meurs encore une fois»)... [20.VIII]. Sur Germaine RICHIER et sa Montagne... [30.VIII]. «GIONO semble très malade: il ne nous envoie pas le roman qu'il nous avait promis (Le Bonheur fou)»... [16.XII]. Procès SADE, où il a été «une sorte de témoin de moralité pour le Marquis de Sade (oui) et pour Pauvert [...] Maurice Garçon a démontré admirablement que les magistrats étaient trop âgés pour bien juger de ces questions d'outrages aux moeurs»... Échange avec le président du tribunal, qui n'avait pas la moindre idée de Freud... 1957. Il est beaucoup question des Oniroscopes de Yolande Fièvre, de leur promotion et leur vente par Paulhan... [25.II]. Brouille avec DUBUFFET. [28.III]. Il bloque sur son dernier chapitre: «Ai-je été trop ambitieux? Le fait est, pour le moment, que j'aurais plutôt envie de me suicider que d'autre chose»... [27 mai]. Manuscrit autographe signé sur Gustave Roud, avec lettre d'envoi (accompagnée d'une recette de «Poudre pour guérir toute sorte de playes»): «Bien sûr que le Paradis est là, que c'est nous qui n'arrivons pas à le voir. Mais Roud, il me semble, y arrive très bien, sans le moindre effort»... [10.VI]. Sur CHAGALL: «Qu'on est donc heureux dans les tableaux de Chagall: ni le sarcasme de Picacho (c'est comme ça que je dis) ni la méchanceté de Dubuffet, ni l'extrême gravité de Braque. Non. On dirait qu'il a pardonné à tout, qu'il est en adoration devant tout. C'est peut-être un des deux plus grands peintres qu'il y ait»... [20 novembre]. Lettre illustrée d'amusants dessins de trois personnages historiques, annon­çant la fin de sa Peinture moderne: «je n'ai plus aucune idée à son sujet et [...] je puis sans malaise le lire du commencement à la fin (à la presque fin. Je suis fondu à lui (comme du beurre)»... [28.XII]. Voeux avec autoportrait la plume à la main.
1958. Paulhan multiplie les dessins et pein­tures en vignette ou en bandeau. L'année est marquée par plusieurs disputes et drames, et un projet de voyage en Angle­terre que, finalement, Paulhan fait «en douce» sans Yolande. 16 janvier. Propos sur le rêve et la réalité, avec autoportrait de l'écrivain. [23.I]. Sur les romans d'André GIDE, avec petite peinture représentant une grenouille, en vignette... [4.IV]. Petite peinture en bandeau (4 créatures de fantai­sie). «On me demande de m'occuper des ms qu'a laissés SUARÈS. Ces ms, c'est cin­quante-huit mille (ou cinquante-neuf) pa­piers, d'ailleurs étonnants [...] Mais qu'en faire?»... [20.IV]. Envoi d'un petit ma­nuscrit autographe sur les événements et les idées... [11.VI] manuscrit d'une chro­nique de «Jean Guérin»: La Vie pratique: I. Les stylos. [25.VI]. Doit-il se présenter à l'Académie Goncourt?... [9.VIII], récit du voyage en Angleterre. [27.VIII], sur Roger MARTIN DU GARD: «Il croyait à la raison (contre la religion) à la liberté (contre l'ordre s'il le faut) à la justice (contre les "puissants"). Il est mort, faut-il l'avouer? absolument désespéré, sûr que tout allait de mal en plus mal - d'un pessi­misme à peine tempéré par la bonté (qu'il avait grande et vive)»... [8.XI]. Idées pour une conférence qu'il fera en Rhénanie: il s'est engagé à parler de FAUTRIER... 1959. [10.II]. Max ERNST «a toujours fait des oeuvres contre, par là esclave des autres oeuvres dont il se moquait - bien sûr avec esprit (et même avec méchanceté). Mais je préfère le peintre qui a quelque chose à dire, et peu à peu il se servira de tous les moyens et les inventera s'il ne les trouve pas tout faits et en tout cas les dominera (passant de l'oniroscope aux laques, des laques aux soies-fiction) et arrivera bien enfin à dire ce qu'il avait besoin de dire. Mais Max Ernst a tout dit du premier jour. Il n'a besoin de rien ni de personne. En tout cas, pas de moi»... [11.V]. L'état des yeux de Marcel ARLAND s'est aggravé. [24.V]. à propos du film sur André MASSON, «nouveau Derain»... [3.VIII]. Mort de Germaine RICHIER: «elle avait du génie»... Il reviendra sur la succession de la sculptrice, et s'inquiète que René de SOLIER se retrouve sur le pavé... [14.IX]. Commentaire sur le drapeau soviétique planté sur la lune... [25.IX]. «Je croyais CIORAN dur, plutôt par tendresse. Pas du tout. L'apologie pour la rancune qu'il m'apporte est d'une méchanceté noire. (J'ai vu aussi le mince, le minuscule Mircea ELIADE, le méticuleux. Il va m'apporter une étude sur le miracle de la corde)»... [5.X]. «Je suis encore tout étourdi de tout ce que m'a raconté MALRAUX. Il est très étonnant, il peut parler trois heures de suite, comme Mallarmé sans dire un seul lieu-commun. On ne songe guère à l'inter­rompre. C'est un homme de versation plutôt que de conversation»... [16.X]. «La NRF me paraît chose assommante, les manuscrits que je lis me dégoûtent»... 1960. [12.VII]. Manuscrit autographe («brouillon») de La peinture s'y entend mieux que le peintre (2 p.) sur Yolande Fièvre. [19.VII], nouvelle version du texte de la main de Fièvre avec corrections autographes et signature de Paulhan, pour être remis à Daniel CORDIER (que Paulhan jugera «décevant»)... [2.VIII]. Sur Armand ROBIN qu'il a dissuadé de se suicider, puis mené boire: «il a longuement expliqué aux nègres du comptoir qu'il voulait qu'après sa mort on dise le plus grand mal de lui, qu'on le couvre d'injures»... [9.VIII], sur ses dons de guérisseur... 1961. [7.I]. «Comment terminer ma peinture informelle? Bien sûr il ne s'agit de rien de moins que de l'existence du monde - dont il n'y a pas de preuve»... [18.II]. «J'ai achevé ma " Peinture informelle ". Il me semble que j'explique très bien pourquoi l'informel. Mais a-t-il réussi? Ah c'est une autre af­faire. [...] Je n'ai pas de rapports très poussés avec Dieu. Non, mais je pourrais très bien l'accueillir. Je lui ai fait son lit»... [10.III]. Réception à l'Élysée: «J'aime bien le Général, j'ai été fâché de le trouver un peu vieilli, avec un ventre, pointu. De plus, j'avais été averti (Guide des convenances) que je ne devais lui parler le premier d'aucun sujet: c'est un peu gênant. La même loi ne vaut pas pour lui. Mais il n'en a pas abusé»... En mai, nouvelles du Festival de Cannes... [3.VII], sur le sui­cide de HEMINGWAY: «S'est-il rendu compte qu'il s'était trompé, que pas plus que dos Passos, il ne pourrait transformer le journalisme en roman et en épopée»... [18.X], lettre illus­trée d'un autoportrait avec l'interrogation, «s'est-on jamais courageusement demandé ce qui se passe derrière notre nez: dans notre tête? Eh bien, c'est beaucoup plus joyeux qu'on ne le suppose: plutôt encore rayonnant que joyeux»... [13.XII], émouvante visite à l'atelier de Bernard RÉQUICHOT quelques jours après son suicide: «il me semble que chacun des objets de Réquichot annonce sa mort, appelle le suicide»... 1962. échos de la guerre d'Algérie et de la décolonisation. [6 mars], peinture en bandeau d'un chat noir sur une branche, avec invitation à aller goûter de la cuisine nîmoise (son pays). [19.VIII], sur DE GAULLE et les communistes. [23.IX]. Lettre ornée de 3 dessins à l'encre de Chine ou de couleur. Il travaille beaucoup; «j'irai défendre à la télévision mon petit Art informel injustement attaqué par le perfide MAURIAC. Mais comment changer cet homme?»; étrange apologue zen... [28.X]. «Je passe des journées bizarres, à un doigt du désespoir. Peut-être qu'à propos de cette étude sur Perse [...] j'ai voulu chercher trop loin, peut-être y a-t-il des choses que véritablement on ne peut pas penser, qui sont vraies pourtant, qui sont terriblement vraies. Enfin j'ai passé par plus d'un de ces moments atroces où l'on se sent penser avec sa tête, avec son cerveau»... [6.XI], candidature à l'Académie... 1963. [16.II]. Flot de lettres et télégrammes [à la suite de son élection à l'Académie]: «Je ne me sens pas fait pour tant de gloire»... [10.VI], maladie de Braque... [22.VII]. Il écrit une étude sur Jules RENARD, «un type passionnant. Seulement, comme d'habitude, au moment d'achever, je suis rongé de scrupules. Je ne puis rien finir»... [30.IX]. Il a accompagné le corps de BRAQUE jusqu'à Varengeville-sur-Mer... [13.X]. Morts d'Édith Piaf et de Jean COCTEAU: «Du moins il était très juste et très droit. (Mais quelle mauvaise littérature! à s'en garer comme de la peste.)» 1964. En mars, envoi du tapuscrit (joint) de la préface La Foison, l'herbe peinte... pour l'exposition de Yolande chez Iris Clert, exposition dont il réclame des nouvelles... [3.VIII]. Récit de la mort horrible de FAUTRIER «à l'instant où allait être célébré son mariage avec Jacqueline [...] Et moi, je regrettais de l'avoir appelé "l'Enragé"»...
On rencontre aussi les noms de Marcel Arland, Marcel Béalu, Julien Benda, Pierre Bettencourt, Joe Bousquet, Barbara et Henry Church, Gaston Gallimard («G.G.»), Alain Gheerbrant, Florence Gould, Jean Grenier, Jean Guéhenno, Marcel Jouhandeau, Ro­ger Judrin, Vincent Muselli, Réquichot, Denis de Rougemont, Maurice Saillet, Jules Supervielle, Ungaretti, etc. Sont compris dans cette correspondance des fragments autographes ou épreuves de comptes rendus pour la NRF, quelques tapuscrits corrigés, dont La Conscience dans les rêves (1952), quelques photographies (une avec Audiberti), des coupures de presse et divers documents...
On joint 2 manuscrits autographes d'un journal intime de Yolande Fièvre à Port-Cros (avril 1958), 3 autres petits manuscrits autographes (fragment de journal intime en 1959, texte sur le rêve, 1960, souvenirs familiaux); 9 lettres de Fièvre à Paulhan, non envoyées; plus un petit dossier sur Vence (novembre 1956).
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