Rare pendule de cheminée dite «squelette»...

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Rare pendule de cheminée dite «squelette»...

Rare pendule de cheminée dite «squelette» en système duodécimale en laiton, bronze doré et cuivre émaillé ; à l'amortissement un cadran indique l'âge et les phases de la lune ; il surmonte un large cadran annulaire indiquant les heures, les minutes et quantièmes en chiffres arabes, ainsi que les jours de la semaine révolutionnaire alternés de roses ; la partie basse présente un cadran indiquant les mois républicains et grégoriens, ainsi que les heures révolutionnaires.
Ils sont inscrits dans une plate-bande de rinceaux polychromes sur fond bleu agrémentés de médaillons en grisaille. La base quadrangulaire de marbre blanc reçoit la spirale du balancier et est rehaussée d'une frise peinte au gras à courses de feuillages, lyres...elle repose sur des pieds tournés-moletés. Les cadrans ou contre-émail signés Coteau.
Époque révolutionnaire, vers 1794 (aiguilles Breguet rapportées, ainsi que les pieds ; un éclat (existant) à un angle de la base ; petits fêles).
Les émaux de Joseph Coteau.
H : 42,5 cm - L : 26 cm - P : 13,5 cm
Le XVIIIe siècle français est probablement la période des arts décoratifs européens au cours de laquelle les artisans firent preuve de la plus grande imagination. En effet, l'on assiste à un exceptionnel renouvellement des formes et des motifs et à l'invention de nouveaux modèles jusqu'alors absents du répertoire esthétique ou quasiment jamais employés. Dans le domaine de la création horlogère, particulièrement dans la seconde moitié du siècle, les artisans firent preuve d'une rare créativité pour élaborer des modèles de pendules aux compositions de plus en plus abouties qui contenaient le plus souvent des mouvements élaborés par les meilleurs maîtres horlogers parisiens du temps. Le modèle des pendules de type «squelette» fut créé dans ce contexte particulier ; il permettait de présenter au regard des spectateurs la complexité des mécanismes et mettait l'accent sur l'élégance des compositions volontairement dépouillées, souvent uniquement constituées d'une armature supportant le ou les cadrans. Pour les exemplaires les plus luxueux, ces armatures étaient revêtues d'un décor émaillé plus ou moins raffiné réalisé par les émailleurs parisiens les plus talentueux du temps, notamment Merlet ou Dubuisson et particulièrement Joseph Coteau à qui nous pouvons attribuer le décor de la pendule que nous proposons.
Cette dernière fut réalisée dans ce contexte particulier. De nos jours, parmi les pendules connues réalisées dans le même goût, mais ne présentant ni l'indication de l'heure décimale, ni le calendrier «républicain», citons notamment : un premier exemplaire, légué en 1923 par
Paul Marie Benoit au Musée des Arts décoratifs de Lyon, qui est illustré dans P. Arizzoli-Clémentel et C. Cardinal, Ô Temps ! Suspends ton vol, Catalogue des pendules et horloges du Musée des Arts décoratifs de Lyon, Lyon, 2008 ? p. 86, n°37 ; ainsi qu'un deuxième qui appartient aux collections du Musée des Arts décoratifs de Paris (voir Tardy, La pendule française dans le Monde, Paris, 1994, p. 206) ; un troisième est conservé dans les collections royales espagnoles (reproduit dans J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de Relojes del
Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p. 95, catalogue n°78) ; enfin, mentionnons un dernier modèle de ce type qui est exposé au Palais de Pavlovsk, près de Saint-Pétersbourg (paru dans E. Duchamp, Pavlovsk, Les collections, Le palace et le parc, Paris, 1993).
Faisant suite à cette production de pendules d'excellente qualité des années 1785-1792, quelques rares horlogers parisiens vont s'employer à réaliser des horloges prenant en compte un nouveau système de décompte du temps. En effet, par un décret du 4 frimaire an II (24 novembre 1793), la Convention Nationale ordonne le remplacement du calendrier grégorien par un nouveau calendrier dit «révolutionnaire» ou «républicain». Ce dernier, basé sur le système décimal, divise la journée en dix heures de cent minutes chacune, remplaçant également la semaine de sept jours par une décade de dix jours, un mois étant alors composé de trois décades ; à la fin de l'année les quelques jours dits «complémentaires», qui célébraient le renversement de la monarchie, prenaient le nom de «Sanculotides». Ce nouveau système audacieux se heurta rapidement aux habitudes persistantes et aux difficultés techniques de conversion de l'ancien système ; ainsi, le 18 germinal an III, un peu plus d'un an après sa mise en place, ce décret fut suspendu par la Convention pour une durée indéfinie. Toutefois, relevons que cette tentative avortée d'établir un nouveau système eut un avantage tout à fait exceptionnel dans le domaine des arts décoratifs parisiens : la création vers 1794 de quelques rarissimes pendules à indication de l'heure décimale, que les horlogers associèrent alors, avec lucidité et ingéniosité, à l'heure duodécimale de l'Ancien Régime.
Ainsi, citons une liste, quasi-exhaustive, des rares modèles de composition similaire à celui que nous proposons, dont les émaux sont réalisés ou attribués à Joseph Coteau et qui présentent la particularité d'indiquer les heures décimale et duodécimale, ainsi que les calendriers républicain et grégorien : une première pendule de ce type, signée par l'horloger «Laurent», est exposée au Musée Carnavalet à Paris (parue dans Tardy,
La pendule française, 2e Partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1974, p.352) ; une deuxième, également signée «Laurent», est illustrée dans J-D. Augarde, Les ouvriers du Temps, La pendule à Paris de Louis XIV à Napoléon Ier, Genève, 1996, p. 340, fig 255 ; une troisième, portant un cartouche émaillé signé de l'horloger «Bisson à Paris», est reproduite dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Les Éditions de l'Amateur, Paris, 1997, p.324 ; une quatrième appartient à une importante collection privée (voir le catalogue de l'exposition La Révolution dans la mesure du Temps, Calendrier républicain heure décimale 1793-1805, Musée
International d'Horlogerie, La Chaux-de-Fonds, 1989, p. 58, catalogue n°19) ; enfin, citons particulièrement une dernière pendule de ce type qui fait partie des chefs-d'oeuvre conservés dans les célèbres collections de la Fondation
Napoléon à Paris.
OEuvre en rapport :
Pendule «squelette» à indications des heures décimale et duodécimale, Paris, vers 1794, Paris, Fondation Napoléon.
Pendule «squelette» à indications des heures décimale et duodécimale. Paris, vers 1794.
Paris, Fondation Napoléon
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