George SAND (1804-1876)

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George SAND (1804-1876)

L.A.S. (le début manque), Nohant 24 février «52» [1862, au Docteur Alphonse
Guérin]; 5 pages in-8 (sur 9) à l'encre bleue.
Au médecin traitant de sa fille Solange, sur sa croyance en Dieu et en l'immortalité de l'âme.
Après avoir parlé des inquiétudes que lui causent la santé et le caractère de Solange (partie manquante), elle évoque la mort à vingt ans de Lucien Villot, «enlevé en huit jours par la petite vérole, bien que vacciné et du tempérament le plus sain. Ce pauvre enfant était près de moi, il y a 18 mois, lorsque j'étais à deux doigts de la mort et il pleurait amèrement. Était-ce donc à moi de pleurer sur lui si tôt et sans retour ? - Docteur, je ne sais ce que vous pensez de l'immortalité ou de l'impérissabilité de nos âmes. Il me semble que la science de nos jours en est arrivée à ce point de ne plus croire aux forces de la matière, comme me disait autrefois Broussais. Elle ne peut rien affirmer, mais elle reconnaît qu'elle ne peut plus rien en fait de spiritualisme, et il me semble que la science doit enflammer la confiance en Dieu au lieu de la refroidir. J'en suis à ce point dans mes très humbles et très petites études d'histoire naturelle, de sentir que je ne crois plus seulement comme dans ma jeunesse par le coeur et l'imagination, mais encore par la raison. Je vois une logique suprême que brisent à tout instant les faits secondaires, comme pour confirmer la grande loi d'équité que nous pressentons et que nous sentons absolument nécessaire. Je ne peux donc pas croire que nous mourions, et devant cette fin apparente, si je faiblis pour les autres et pour moi-même, je me le reproche presque comme une lâcheté. Je sens que nous n'avons qu'un pied posé en ce monde et que l'heure du départ n'est un malheur que pour ceux qui restent, surtout s'ils ne croient pas.
- Vous avez une belle mission, vous ! la seule que j'eusse voulu[e] pour moi si j'étais née homme. Disputer à la mort sa proie de tous les jours, et rendre au malade la liberté de son âme le plus longtems possible, car il a quelque chose à faire de son âme, et la vie lui a été donnée pour être gardée le tems voulu. [...] Ayons donc courage pour tous et pour nous-mêmes. Je lutte beaucoup pour vivre depuis une maladie que je n'étais plus assez jeune pour supporter et dont je sens encore le poids sur mes épaules. Mais je suis persuadée que je dois lutter et que si mon corps ne me seconde pas longtems, ce que j'aurai amassé de soumission et de volonté avec un peu d'études pour augmenter la lumière en moi, servira à mon âme dans une autre phase de son activité».
Elle regrette d'avoir perdu du temps à des choses inutiles: «je n'ai pu qu'entrevoir le beau et le vrai, par éclaircies, au milieu de mon existence tiraillée et fatiguée. Mais j'ai toujours eu l'amour du vrai [...] Ah ! si ma pauvre fille pouvait croire et vouloir ! Mais je n'ai jamais pu ouvrir cette porte de son intelligence et pourtant, c'était une intelligence»...
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