Gustave FLAUBERT (1821-1880)

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Gustave FLAUBERT (1821-1880)

L.A.S., Mardi soir [15 novembre 1859], à Ernest Feydeau; 4 pages in-8 sur papier bleu.
Extraordinaire lettre sur la fin de sa liaison avec Louise Colet, sur Alfred de Musset, et sur l'écriture de SALAMMBÔ.
Il se réjouit de voir que Feydeau travaille: «Continue ! Tu en seras récompensé probablement, par un beau livre».
Puis sur Alfred de Musset, à propos du roman autobiographique de Louise Colet, Lui: «Bien que je n'admire pas immensément le sieur Musset, il n'en restera pas moins comme un charmant jeune homme. Il a eu de beaux jets. Quant à faire une oeuvre, ce gentilhomme avait la poitrine trop étroite (tu as vu dans Lui qu'il était essoufflé pour monter chez la Muse). Mais il ne faut pas oublier qu'il a été très original (à son heure), et qu'il a écrit de petites choses ravissantes. Quant à avoir la mine d'un maître, comme tu le dis fort bien, jamais ! Il me déplaît pour avoir mis en axiomes & pratiqué «la Poésie du Coeur» (double farce à l'usage des impuissants et des charlatans). En voilà un qui a été peu critique ! il me paraît avoir eu sur l'humanité le coup d'oeil d'un coiffeur sentimental ! toujours “son pauvre coeur”, toujours les larmes ! - Je crois du reste que la mère Colet l'a reproduit assez fidèlement ? et il est facile maintenant de le bien connaître. As-tu remarqué ses affectations de noblesse, ses éternels bals aux Ambassades. Comme c'est beau cet homme qui porte sa douleur dans le Monde ! - telle qu'un bijou rare -
pour l'ébahissement de ces MM. et ces Dames !
Quant à moi, ne crois pas que ce livre m'ait irrité (il y a longtemps que je sais à quoi m'en tenir sur l'auteur !). Je t'avouerai même que je suis assez corrompu, assez orgueilleux, ou assez vertueux pour m'en être démesurément amusé. Et puis en définitive j'y fais bonne figure. Ai-je l'air suffisamment rébarbatif ? - invulnérable, piété à la fois tout spirituel & invisible comme un Ange - & baiseur comme un héros de de Sade “Personne au monde n'était maître de son foutre comme Rombaud !!!” (ce qui, par parenthèse, est une jolie phrase). C'est en effet parce que j'étais trop maître de mon foutre, que nous nous sommes fâchés ! Je trouvais qu'elle empiétait sur mon sexe. Les couilles peuvent se louer ou se prêter, mais s'aliéner, jamais !
Cette publication m'a convaincu, une fois de plus, de l'immoralité profonde des femmes. Tu m'objecteras que celle-là est un monstre (non, d'abord ! - il n'y a pas de monstres, hélas !) et quand même, il y a des monstres aussi parmi les hommes ! Or pas un homme ne ferait cela sur une ancienne maîtresse. Mais les femmes n'ont aucune idée du Droit. Les meilleures ne se font pas de scrupule d'écouter aux portes, de décacheter des lettres, de conseiller et de pratiquer mille petites trahisons, etc. Tout cela vient de leur organe. Où l'homme a une Éminence, elles ont un Trou ! Cette éminence-là c'est la Raison, l'Ordre, la Science, le Phallus-Soleil, et le trou, c'est la nuit, l'humide, le trouble. Ceci est du pur Carthaginois».
Il en vient à Salammbô: «À propos de Carthage, j'entre maintenant à la séance de nuit des Cent dans le temple de Moloch, où on engueule Mr Hamilcar Barca lequel doit répondre avec une éloquence digne d'Odilon Barrot, ou plutôt du général
Foy ? Ça me mènera jusqu'à Noël, époque où je me précipiterai dans tes bras, et il y a longtemps que j'en ai envie, mon pauvre garçon !»...
Correspondance (Pléiade), t. III, p. 56.
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