Théodore Géricault (1791-1824)

Lot 6
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Théodore Géricault (1791-1824)

Les Funérailles d'Hector 1816 Crayon noir sur papier 19 x 26 cm (les dimensions données par Grunchec, 17 x 25 cm ont été prises lorsque le dessin était encadré) Provenance : Paris, collection Charles Marcotte d'Argenteuil (1773-1864) Par descendance, Monsieur et Madame de ..., Mme née de La Maisonneuve, Paris (dès 1952). Expositions : Les Artistes Français en Italie de Poussin à Renoir, Paris, Musée des Arts décoratifs, Pavillon de Marsan, mai-juillet 1934, n° 497, « Géricault, Les funérailles d'un héros. Collection Marcotte ». (Ne figure pas, comme l'affirme Ph. Grunchec à la First Exhibition in America of Géricault, Paintings-Drawings, New York, Marie Sterner Galleries, 16 novembre - 5 décembre 1936 sous le n° 25. Il s'agit en fait d'une variante à la sépia, sur le même sujet, La Mort d'Hector, catalogué en 1879 par Clément sous le n° 92 bis). Théodore Géricault, 1791-1824, Londres, Marlborough Art Gallery, octobre - novembre 1952 (catalogue par Pierre Dubaut), n° 32, « Géricault, Funeral of a Hero (Hector ?) », collection Mme de... Théodore Géricault, 1791-1824, Winterthur, Kunstmuseum, 30 août - 8 novembre 1953 (catalogue par Pierre Dubaut), n° 118, « Géricault, Funérailles d'un héros, collection Mme de... ». Géricault dans les collections privées françaises, Paris, Galerie Claude Aubry, 6 novembre - 7 décembre 1964 (introduction par Claude Roger-Marx, catalogue par Pierre Dubaut), hors catalogue (l'étiquette de cette exposition a été apposée sur le dos cartonné de l'encadrement). Master Drawings by Géricault, New York, San Diego, Houston, 7 juin 1985 - 5 janvier 1986 (catalogue par Philippe Grunchec), n° 13, repr. « Géricault, Hector's Funeral », collection particulière. Bibliographie : Philippe Grunchec, catalogue de l'exposition Master Drawings by Géricault, New York, San Diego, Houston, 7 juin 1985 - 5 janvier 1986, p. 51, n° 13, p. 53 repr., p. 194. Ce dessin figurera au futur Catalogue raisonné des dessins inédits et retrouvés de Théodore Géricault par M. Bruno Chenique. Comme l'a si bien remarqué Philippe Grunchec en 1985, le style et le graphisme de ce dessin de Géricault évoquent immanquablement celui, bien connu, de l'année 1816, époque à laquelle il s'essaya au Grand Prix de Rome. Géricault participa à deux des trois épreuves du concours. Le 18 mars, jour de la première épreuve, les candidats durent peindre une esquisse d'après un sujet donné par Gérard : Enée voulant tuer Hélène réfugiée auprès de la statue de Vesta est arrêté par Vénus. Entre le 20 et le 23 mars, Géricault participa à la deuxième épreuve : une figure nue d'après le modèle vivant. Le 30 mars, jour du jugement, sa figure ne fut pas retenue. Il était donc exclu du concours (les deux oeuvres de Géricault peintes pour l'occasion ne sont pas identifiées).14 Mais cet échec ne l'empêcha pas de faire une importante série de dessins (plus d'une quinzaine15 ) en rapport avec le sujet de la dernière épreuve : le 1er avril, les dix candidats retenus avaient soixante-seize jours pour peindre un tableau de format unique représentant OEnone refusant de secourir Pâris au siège de Troie. C'est très probablement à cette occasion que Géricault réalisa ce magnifique dessin des Funérailles d'Hector, un sujet qui l'avait déjà intéressé quelques années plus tôt puisqu'il figure dans le célèbre Album Zoulbaloff (musée du Louvre), dans la partie du carnet qu'il est d'usage de dater des années 1811-181216 . Ce dessin à la mine de plomb, plume et lavis de brun (14, 7 x 19 cm) retranscrit, avec quelques variantes, un bas-relief de sarcophage romain (180-200 ap. JC) conservé au musée Louvre et acquis en 1808 avec la collection Borghèse. L'iconographie du dessin qui nous intéresse part sans aucun doute du croquis de 1811-1812 mais le réinterprète d'une manière radicalement différente. Ce n'est plus l'illusion de la ronde bosse qui intéresse Géricault ni même l'effort musculaire des deux porteurs. L'accent est tout d'abord mis sur la bouche entr'ouverte d'Hector dont le visage glabre s'oppose en tout point à celui du bas-relief romain (étrangement christique). L'accent est encore mis sur la douleur des compagnons d'Hector qui tous, la tête baissé, la main devant le visage, accablés, pleurent. Dans le bas-relief romain, ce rôle de pleureur était strictement dévolu aux trois femmes. Géricault a donc volontairement modifié une oeuvre classique pour en proposer une version romantique où la douleur n'est pas réservée à la seule Andromaque (Homère, Iliade, XXIV). Cette réappropriation de la douleur masculine trouve son exact pendant dans les dessins d'OEnone refusant de secourir Pâris. Des guerriers troyens supplient, en vain, l'ancienne épouse de Pâris (il lui préféra Hélène). Toute la gestuelle des hommes indiquent la supplique et le désespoir. Bientôt il mourra et, comme son frère Hector, son cadavre sera porté et honoré par ses compagnons d'armes. Ces funérailles en évoquent d'autres, mais bien plus sordides, que Géricault dessinera deux ans plus tard (en 1818). Les assassins du magistrat Fualdès porteront le corps de leur victime pour le jeter dans l'Aveyron, humiliant de la sorte une deuxième fois leur victime. On se souvient que le corps d'Hector avait lui-même été outragé avant d'être récupéré par Priam. De ces destinées tragiques d'héros mâles, Géricault devait sans doute se souvenir quand il entreprit de retracer les terribles épisodes du Radeau de la Méduse. Bruno CHENIQUE Docteur en Histoire de l'art Ancien pensionnaire à la Villa Médicis (Rome) et au Getty Research Institute (Los Angeles) Membre de l'Union française des experts. 14 Lorenz Eitner, « Géricault's "Dying Paris... and the Meaning of his Romantic Classicism », Master Drawings, t. I, n° 1, 1963, pp. 21-34 ; Bruno Chenique, « Géricault : une vie », catalogue de l'exposition Géricault, t. I, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 10 octobre 1991 - 6 janvier 1992, p. 275. 15Germain Bazin, Théodore Géricault. Étude critique, documents et catalogue raisonné, t. IV, Le voyage en Italie, Paris, Bibliothèque des arts, 1990, pp. 83-89. 16Germain Bazin, Théodore Géricault. Étude critique, documents et catalogue raisonné, t. II, L'oeuvre, période de formation, Paris, Bibliothèque des arts, 1987, p. 395, n° 211, repr
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