02/12/11
Thierry De Maigret
EMail : contact@thierrydemaigret.com
Tél. : 01 44 83 95 20

Estimation : 4 000 - 6 000 €
Résultat : 4 000 €
Lot n°2
Ecole FRANCAISE vers 1800, suiveur de Pietro FABRIS
Les Zampognari et la Neuvaine de décembre à la Madone, à Naples Aquarelle et gouache 44 x 57,5 cm Porte au verso une étiquette découpée dans un ancien montage italie moderne Sonnez hautbois, résonnez musettes......... Cette belle feuille à la technique mixte, gouache et aquarelle, mettant en scène un groupe de personnages napolitains dans un paysage d'invention, n'est pas sans rappeler les scènes et les costumes à la gouache des artistes napolitains comme Saverio Della Gatta, Alessandro D'Anna ou Luigi del Giudice. Toutefois les postures comme les physionomies des personnages nous inclinent à pencher plutôt vers une école française ou une école suisse de la fin du XVIIIème siècle, tout début du XIXème siècle. Notre composition participe d'une tradition napolitaine toute particulière qui impressionnait fortement les Voyageurs du Grand Tour séjournant à Naples pendant les fêtes de Noël et de fin d'année: Les Zampognari et les neuvaines de décembre à la Madone. Un sujet très fortement inspirée sur le plan iconographique par Les scènes de la vie populaires et les costumes de Naples de l'artiste Pietro Fabris (actif de 1754 à 1786). L'Abbé Richard de Saint-Non, consacre lui aussi un chapitre sur les usages, le caractère et les costumes des Napolitains dans son monumental ouvrage Le Voyage Pittoresque ou la Description des Royaumes de Naples et de Sicile (tome 1, Paris, 1781 - chapitre 6 - pages 240 et suivantes). Les Zampognari et les Neuvaines à la Madone à Naples Chaque année à l'approche de l'hiver, les Zampognari, ces bergers musiciens, quittaient leurs villages perdus dans les montagnes des provinces les plus éloignées du Royaume: les Abruzzes, les Pouilles, les Calabres (en effet on distinguait la Calabre ultérieure et la Calabre citérieure) et la Basilicate (l'antique Lucanie), pour rejoindre Naples à pied. Leur venue annonçait la neuvaine de l'Immaculée Conception du 29 novembre au 7 décembre et surtout la neuvaine de Noël du 16 au 24 décembre, ces grands moments d'intense dévotion des Napolitains pour la Vierge Marie. Avec leur costume caractéristique, manteau de laine brune, veste en peau de mouton, chapeau noir, et leurs sandales nouées en losanges par des ficelles le long de leurs jambes, les Zampognari s'engageaient à jouer pendant neuf jours à la demande des familles. Leur musique monodique, douce et grave, se faisait alors entendre, là où se trouvait l'image de la Madone avec l'Enfant Jésus dans ses bras ou bien une crèche, partout dans les rues, les boutiques, les arrières cours des quartiers de la capitale du Royaume et de ses alentours. A la fin des tournées, ces familles leur offraient les gâteaux typiques de Noël, les mostaccioli et susamielli, ainsi que de l'argent. Ces gains devaient permettre aux Zampognari de vivre au retour dans leurs contrées le reste de l'année, et de pourvoir aux dots de leurs filles. Leurs instruments de musique étaient la zampogna et la cennamella. La zampogna est un instrument à vent semblable à la cornemuse, comportant un sac en peau, une anche, deux tuyaux mélodiques (un par main) accordés par tierces et par quintes, et un " bourdon " variable. La cennamella (ou chiaramella ou ciaramella) est un petit hautbois aux notes aigues et flûtées. Les instruments à cordes pouvaient aussi être utilisés par les Viggianesi, habitants de Viggiano, petite ville de la Basilicate dont la réputation était la facture de violons et harpes. Pietro Fabris, le modèle des scènes de la vie populaire et des costumes du Royaume de Naples Pietro Fabris, anglais de naissance, actif à Naples entre 1754 et 1786, commence à voir son rôle et son originalité reconnus pour ses Vedute, ses scènes de cour et de vie populaire napolitaines. Le pittoresque des rues de Naples avec ses métiers et ses différents modes de se vêtir l'ont impressionné au point d'en faire, pour la première fois dans l'iconographie napolitaine, un genre à part entière. Pietro Fabris aime représenter dans ses tableaux ces scènes et ces costumes, avec vivacité et détails. Ce véritable répertoire qu'il a mis en place, lui permettra d'y puiser ses petites scènes populaires avec les différents métiers ou costumes de Naples et de son Royaume, tant recherchées par les Voyageurs du Grand Tour. En 1773, Pietro Fabris les regroupera pour les publier sous forme d'un recueil de gravures avec une dédicace à Sir William Hamilton, Ambassadeur de Grande Bretagne à Naples, Raccolta di varii Vestimenti ed Arti del Regno di Napoli, (Recueil des différents costumes et métiers du Royaume de Naples). Son retentissement fut énorme et devait avoir force de modèle pour les artistes à sa suite. Ces scènes gravées à l'eau forte et remarquablement mises en couleur à la gouache, étaient appréciées aussi pour la mise en valeur de la magnificence des costumes de Naples et des provinces du Royaume. L'artiste de notre composition s'en est directement inspiré en reprenant presque à l'identique les personnages suivants: Le Voyage Pittoresque ou la Description des Royaumes de Naples et de Sicile, par l'Abbé Richard de Saint Non Dans le chapitre 6 (tome 1, Paris, 1781, pages 240 et suivantes) consacré aux usages, caractère et costumes des Napolitains, une partie s'intéresse spécialement aux costumes du peuple de Naples, de ses fêtes dédiées à la Madone, au temps de Noël, illustré par une gravure d'après un dessin de Jean Baptiste Tierce, Le concert des Calabrais devant une Madone à Naples. Citons en quelques passages reliés à notre composition: Quant aux costumes des Napolitains, ils sont aussi variés que le langage; dans chaque quartier, dans chaque village ou ville des environs de Naples, les femmes ont toutes quelque particularité dans la manière de se vêtir qui les distingue; mais il faut peindre des costumes et non les décrire. Tout ce qu'on en peut dire, c'est que ces costumes sont pour la plupart avantageux et pittoresques et le plus souvent chargés de divers ajustements en or, comme réseaux, broderies, avec une quantité de chaînes ou espèce de chapelets d'or, dont elles ornent les étoffes avec lesquelles elles s'habillent et qui sont ordinairement des velours ou des damas de couleur très vive............ ...................L'autre est la prière à la Madone. C'est de toutes les pratiques de dévotion, celle qui est le plus en usage en Italie, et particulièrement à Naples. Ce sont d'ordinaire des Habitants de la Calabre qui vont ainsi de ville en ville, et qui, vers le temps de Noël, abondent à Naples, où ils arrivent comme en pèlerinage.On les rencontre jouant de la Zampogna et de divers instruments assez mal assortis, devant chaque image de la Madone, qui se trouve bientôt entourée de Lazaroni, de leurs femmes, de leurs enfants, faisant cercle et formant l'auditoire. C'est particulièrement dans ce temps de Noël que la grande dévotion du Peuple de Naples, pour ses Madones, paraît dans toute sa magnificence. C'est, après Saint-Janvier, son culte de prédilection; mais comme toute cette grande dévotion n'est qu'extérieure, c'est par de grands éclats, beaucoup de bruit, et surtout en bien mangeant, que les Napolitains comptent lui rendre le plus d'honneur. Nous remercions Monsieur Fabrice Bonasso pour son aide dans l'attribution de ce dessin, ainsi que pour la rédaction de cette notice
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